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Vidéosurveillance : le site est livré, mais c'est le contrat qui rapporte
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Vidéosurveillance : le site est livré, mais c'est le contrat qui rapporte

Oleksiy Bazyura
Oleksiy Bazyura
Financial Expert at Finmap

«Nous avons livré vingt-huit sites l'an dernier. Vingt-huit ! Et en février je n'avais pas de quoi payer deux techniciens et je remettais de l'argent de ma propre carte» — c'est ainsi que Dmytro, dirigeant d'une société d'installation et de maintenance de vidéosurveillance, a ouvert la conversation.

Cela vous parle ? Les sites sont livrés, les procès-verbaux signés, le commercial négocie déjà l'entrepôt suivant. Puis janvier et février arrivent, le téléphone se tait, les équipes restent assises, et il s'avère que tout le bénéfice de l'année est passé à tenir deux mois sans chantier.

La raison est presque toujours la même. L'entreprise se mesure en sites livrés. Mais un site livré n'est pas de l'argent gagné. C'est de l'argent dont personne n'a encore retranché une année d'interventions sous garantie, le temps de mise en service de l'ingénieur et les appels qui tomberont en novembre, quand une caméra de l'entrepôt cessera de voir la nuit.

Dans cet article, nous décomposons ce métier en deux unités distinctes : le site et le contrat de maintenance. Car ce sont deux activités aux économies opposées, qui vivent sous le même toit et se sauvent l'une l'autre à différents mois de l'année.

Le parcours du fondateur : d'un poseur à deux équipes

Dmytro a commencé seul : arriver, poser quatre caméras, les paramétrer, encaisser. La marge était évidente — matériel acheté tant, livré tant, la différence est à vous.

Quand la première équipe est arrivée, le schéma semblait identique, simplement multiplié. À la deuxième, les choses étranges ont commencé. Plus de sites, plus de chiffre, et en fin d'année autant sur le compte que l'année précédente.

Ce qui l'agaçait le plus, c'est qu'il ne pouvait pas dire quel site avait été rentable. Un grand entrepôt de vingt caméras avec travaux en hauteur et un petit bureau de six : les deux ressortaient « dans le vert » dans le tableau du commercial. Sauf que l'équipe est retournée sept fois à l'entrepôt sous garantie, et pas une seule fois au bureau.

Pourquoi un « site livré » n'est pas encore de l'argent gagné

Prenons un site type : un complexe logistique, seize caméras, un enregistreur, deux disques, du câble, des coffrets. Le contrat s'élève à 180 000 ₴.

Le matériel a coûté 112 000 ₴. Le commercial signe la réception et inscrit 68 000 ₴ de marge dans le tableau. Site réussi, l'entreprise a gagné.

En réalité, à cet instant, rien n'a été gagné. L'équipe n'est pas comptée, l'ingénieur n'est pas encore venu mettre en service, et l'année de garantie ne fait que commencer.

De quoi se compose réellement la marge d'un site

Voici le même entrepôt, compté honnêtement.

PosteAu devisEn réalité
Contrat avec le client180 000 ₴180 000 ₴
Matériel et fournitures112 000 ₴112 000 ₴
Équipe de pose, trois jours—21 600 ₴
Déplacement et travaux en hauteur—4 800 ₴
Mise en service par l'ingénieur—6 200 ₴
Interventions sous garantie sur l'année—5 400 ₴
Quote-part du coût commercial—3 900 ₴
Reste à l'entreprise68 000 ₴26 100 ₴

Quarante-deux mille d'écart sur un seul site, ce n'est ni une erreur ni un vol. Ce sont des charges d'exploitation ordinaires que personne n'a rattachées à cet entrepôt précis. Multipliez par vingt-huit sites par an et vous obtenez exactement la somme qui manque chaque hiver pour les salaires.

L'année de garantie : la charge qui entre rarement au devis

Signer la réception ne termine pas votre travail sur le site. Cela ouvre une période de douze mois pendant laquelle vous êtes tenu d'intervenir gratuitement.

Une caméra cesse d'enregistrer la nuit. L'enregistreur se bloque après une surtension. Le client a déplacé un rayonnage et masqué le champ. Un disque lâche au onzième mois. Chaque appel de ce type, c'est une demi-journée d'ingénieur, du carburant et parfois une pièce à votre charge.

Tant que cette traîne reste dans les charges générales, vous ne voyez pas une chose simple : il y a des sites « silencieux » et des sites « bruyants ». Un bureau tranquille de six caméras peut être plus rentable qu'un grand entrepôt, car après la livraison personne ne s'en souvient. Mais pour le voir, l'intervention sous garantie doit être affectée au site d'où elle provient.

La deuxième unité : le contrat de maintenance

Regardons maintenant une tout autre partie de l'activité. Quarante sites en maintenance payante à 1 200 ₴ par mois, cela fait 48 000 ₴ chaque mois.

Cette ligne a aussi ses charges : l'ingénieur qui effectue les tournées planifiées, 18 000 ₴ ; petites pièces, 4 500 ₴ ; connectivité et stockage cloud, 3 500 ₴. Il reste 22 000 ₴ nets tous les mois.

Le chiffre paraît modeste à côté d'un contrat de 180 000 ₴. Mais il tombe chaque mois et n'exige aucune vente.

Pourquoi un portefeuille de quarante sites vaut plus que dix nouveaux

Comptons sur une année. Le portefeuille de maintenance dégage 264 000 ₴ nets par an. Un site neuf dégage 26 100 ₴. Le portefeuille équivaut donc à dix nouveaux entrepôts chaque année — sauf que ces dix-là n'ont pas à être trouvés, vendus, posés puis suivis sous garantie.

Et voici ce que Dmytro a compris trop tard : chaque site livré est une ligne potentielle du portefeuille de maintenance. Si vous n'avez pas signé le contrat à la réception, vous ne le signerez très probablement jamais. Un an plus tard, le client aura déjà trouvé « des gars qui changent la caméra moins cher ».

Vingt-huit sites livrés dans l'année, dont six passés en maintenance, ce ne sont pas vingt-huit victoires. Ce sont vingt-deux versements mensuels perdus.

Saisonnalité : la pose s'arrête, l'abonnement continue

La pose est un métier saisonnier. L'hiver, les chantiers s'arrêtent, le gel interdit de tirer du câble dehors, les budgets clients sont clos. Janvier et février sont presque toujours vides.

L'abonnement tombe ces mois-là exactement comme en juin. C'est lui qui décide si l'entreprise traverse deux mois morts sans que le dirigeant remette de l'argent de sa propre carte.

La règle simple que Dmytro a tirée pour lui-même : le portefeuille de maintenance doit couvrir les charges fixes de l'entreprise sur le pire mois. Tant qu'il ne les couvre pas, chaque hiver est payé sur le bénéfice de l'été, et l'entreprise ne croît pas, elle se répare.

Le matériel en stock, c'est votre argent gelé

Pour démarrer un chantier le lundi, les caméras doivent être achetées le mercredi. Le client verse soixante pour cent d'acompte, le solde après réception, trois à quatre semaines plus tard.

Ajoutez le stock « au cas où » sur l'étagère : quelques caméras, un enregistreur, des touret de câble, des alimentations. Dans une petite entreprise, ce sont régulièrement deux à trois cent mille hryvnias qui dorment là. Ce n'est pas une charge, donc cela n'apparaît dans aucun compte de résultat — mais c'est précisément ce qui explique pourquoi une société rentable interroge sa banque sur un découvert chaque mois.

Ce qui a changé quand le site et le contrat ont été comptés séparément

Dmytro a mis en place deux lignes distinctes : chaque site comme un projet avec son coût complet et sa traîne de garantie, et la maintenance comme une ligne propre avec sa marge.

En un trimestre, trois choses sont apparues. Premièrement : les sites avec travaux en hauteur dégageaient la moitié de la marge des sites ordinaires — et étaient vendus au même prix par caméra. Deuxièmement : trois clients généraient la moitié de toutes les interventions sous garantie, parce qu'on leur avait validé en phase de vente du matériel bon marché « pour tenir dans le budget ». Troisièmement : le commercial ne touchait rien pour un contrat de maintenance signé — et n'en signait donc aucun.

Aucune de ces décisions n'exigeait de nouveaux clients. Elles exigeaient de voir le site et le contrat comme deux unités différentes.

Quelques conseils pour finir

  • Comptez la marge du site après l'équipe, la mise en service et la garantie, et non l'écart entre le contrat et la facture de matériel.
  • Affectez les interventions sous garantie au site dont elles proviennent. En deux trimestres, vous verrez quels clients et quel matériel vous coûtent le plus cher.
  • Gérez la maintenance comme une ligne à part dotée de sa marge. C'est la seule partie du métier qui ne dépend pas de la saison.
  • Rémunérez le commercial sur le contrat de maintenance signé, et pas seulement sur le site livré.
  • Comparez les charges fixes de votre pire mois aux revenus d'abonnement. L'écart est la somme que vous prélevez chaque hiver sur le bénéfice d'été.
  • Chiffrez l'argent gelé en stock et en acomptes non soldés. C'est la première cause de panne de trésorerie d'une entreprise rentable.

L'argent ne disparaît pas — vous ne le voyez simplement pas

La pose de vidéosurveillance ressemble à un métier aux gros contrats dont le bénéfice s'est évaporé on ne sait où. C'est en réalité deux métiers : le projet, qui produit les chiffres spectaculaires et absorbe le fonds de roulement, et la maintenance, qui produit un argent discret mais mensuel et fait passer l'hiver à l'entreprise.

Tant que les deux tiennent dans un même tableau, vous n'en pilotez aucun. Dès que le site et le contrat deviennent des unités distinctes, on voit où l'entreprise gagne vraiment — et ce que l'on peut y faire dès la semaine prochaine.

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Oleksiy Bazyura
Oleksiy Bazyura
Financial Expert at Finmap
  • Senior Financial Manager, Starlight Online Media LLC (2022-2025)
  • Financial Controller, LLC "VOODUS" (2018-2022)
  • Financial Planning and Analysis Specialist, Novy Styl LLC (2014-2018)
  • Junior Specialist in Accounting and Financial Services, “Evviva, Group of Companies” (2009-2014)

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Questions fréquentes

Comment calculer la marge réelle d'un site posé ?

Du montant du contrat, retranchez le matériel et les fournitures, la rémunération de l'équipe pour les journées de pose, le déplacement et les travaux en hauteur, le temps de mise en service de l'ingénieur, les interventions sous garantie attendues sur l'année et la quote-part du coût commercial imputable à ce site. Ce qui reste est la marge nette du site. C'est elle que vous comparez entre clients et types de sites, et non l'écart entre le contrat et la facture de matériel.

Prenez le réalisé de l'an dernier : combien d'interventions génère en moyenne un site de ce type et combien coûte une intervention, carburant et pièces compris. Inscrivez cette moyenne au devis comme une ligne à part. En deux ou trois trimestres, elle s'affine d'elle-même et montre quels clients et quel matériel vous coûtent le plus cher.

Partez de vos coûts, pas du marché : tournées planifiées de l'ingénieur, petites pièces, connectivité et stockage cloud par site. Ajoutez votre marge, puis vérifiez si le total des abonnements couvre les charges fixes de l'entreprise sur le pire mois. S'il ne les couvre pas, c'est le portefeuille qui est trop petit, pas le prix qui est trop bas.

Parce que la pose est saisonnière et l'abonnement non. Quarante sites en maintenance peuvent dégager sur l'année autant de net que dix poses neuves, mais sans vente, sans équipes et sans traîne de garantie. C'est cette ligne qui décide si l'entreprise traverse janvier et février.

À la réception, en même temps que le procès-verbal. Plus tard, la probabilité s'effondre : un an après, le client aura déjà trouvé quelqu'un qui change la caméra moins cher. Si le commercial n'a pas de prime sur un contrat signé, il n'en signera aucun : c'est une question d'intéressement, pas d'éloquence.

À cause du matériel. Pour démarrer un chantier, les caméras s'achètent à l'avance, et le solde arrive trois à quatre semaines après la réception. Ajoutez le stock de sécurité et vous obtenez deux à trois cent mille hryvnias gelés en permanence. Ce n'est pas une charge et cela n'apparaît dans aucun compte de résultat, mais c'est ce qui prend la trésorerie.

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